A propos

Vers l’âge de dix ans, j’ai reçu en cadeau mon premier appareil photo, un Kodak Brownie des années 50-60. Entièrement mécanique, focale fixe, ouverture fixe, vitesse fixe, mise au point fixe; il fonctionnait sans énergie électrique. C’était un modèle “hawkeye”, traduction : “œil de faucon”; le marketing Kodak ne doutait vraiment de rien. Il employait des pellicules au format 620 que l’on faisait avancer manuellement. Le numéro de chaque vue était inscrit sur le papier sur lequel était collé le film. Avant de prendre une autre photo, il fallait tourner une molette jusqu’à ce que le numéro de la vue suivante apparaisse devant une pastille en plastique translucide rouge. Ce regard rouge “inactinique” évitait que le film ne réagisse avec la lumière qui pouvait ainsi entrer dans le boitier mais limitait son utilisation aux films noir et blanc.

Comme il n’y avait aucun moyen de savoir si la vue courante avait été exposée, je suis rapidement devenu un spécialiste de la double exposition et de l’image vierge. Heureusement, ce problème fût résolu environ deux ans plus tard quand à l’occasion de ma communion, on m’a offert mon premier reflex, un Minolta SRT 100X accompagné d’un 45mm f/2. Seul le dos du boitier était en plastique, tout le reste était en acier. Je crois que c’est l’appareil le plus lourd que j’ai possédé; il était indestructible. Il fonctionnait avec une pile au mercure qui alimentait la cellule de mesure de la lumière, seul composant électronique de l’appareil. Tout le reste était mécanique et manuel, mais au moins on ne pouvait pas déclencher sans avoir réarmé et donc fait avancer le film. Il fût mon professeur, parce qu’en l’absence d’automatisme il est impossible de prendre une photo correcte sans posséder les bases techniques. C’est probablement pendant ces première années que s’est ancré mon intérêt pour la photographie.

A l’époque, on utilisait des films pour diapositives parce qu’ils étaient plus fins et plus riches en couleurs que les négatifs. Ils avaient progressé grâce au cinéma qui utilisait des supports équivalents. Au final, une photo c’était donc une image d’un mètre sur un mètre cinquante, projetée sur un écran et que l’on regardait dans le noir, la plupart du temps en famille.

Au fil du temps, j’ai utilisé tout un tas d’autres appareils mais pratiquement toujours des films pour diapositives. A un moment, il m’a pris l’envie d’en fixer certaines sur papier. Le seul procédé qui existait pour produire directement un positif papier à partir d’un positif film était le légendaire Cibachrome. Tout ce que j’avais pu lire sur le sujet m’a donné envie d’apprendre à faire les tirages moi même. J’ai récupéré un agrandisseur et contacter un laboratoire pour obtenir le papier, les produits et les accessoires nécessaires. La société Ciba qui avait créé le procédé était devenue propriété d’Ilford qui commercialisait les produits sous le nom “Ilfochrome”. C’est un procédé très exigeant. Toutes les opérations se font dans le noir complet et il faut travailler à température constante.

Dans un laboratoire amateur, sortir un “Ciba” est une opération qui prend du temps. Les produits et le papier se conservent au réfrigérateur. Il faut amener la papier à température ambiante et fabriquer ou réchauffer les produits avant de commencer les opérations. Entre le réglage de l’agrandisseur, la préparation des doses de produit, l’exposition et le traitement, il faut compter une heure par tirage. Contrairement au développement noir et blanc, on ne voit pas l’image se révéler progressivement dans une cuve. Le papier est développé dans un tube opaque à la lumière et le résultat n’est visible qu’à la fin du traitement. L’instant ou l’image sort enfin du tube est à chaque fois magique.

Le papier Ilfochrome ne réagit pas de manière homogène pour toutes les couleurs. Après développement, la photo sur papier pourra par exemple apparaître plus jaune que la diapositive d’origine. Pour compenser ces écarts, on filtre la lumière projetée sur le papier.  Pour ce faire, il existait un kit de filtres Ilfochrome qui contenait plusieurs densités de filtres dans les trois couleurs primaires.  Pour réduire un excès de jaune on ajoura du bleu, c’est à dire deux filtres de même densité cyan et magenta. Pour compliquer l’affaire, les filtres diminuent la quantité de lumière et obligent donc à allonger le temps d’exposition. Comme la dérive de couleur change aussi avec le temps d’exposition, obtenir un tirage parfait demande une certaine expérience. Ce fût là aussi une très bonne école.

Depuis, je suis attaché au tirage papier qui est le meilleur moyen d’apprécier une photo. En plus de la dimension concrète qu’apporte l’objet, les détails qui font la richesse d’une photo ne peuvent réellement être appréciés que sur un tirage d’un format adapté.

Des compacts et reflex numériques se sont depuis succédés dans mon sac photo. Terminé les films et les produits chimiques, tout est maintenant “numérique” sauf évidement le point de départ, le sujet et le résultat final, le papier. La technologie a considérablement progressé et il devient de plus en plus difficile de rater une photo, tout au moins techniquement. C’est un avantage que je m’efforce d’exploiter pour que mes photographies ressemblent toujours plus à ce que j’ai pu “imaginer”.

Dans mon cas, la photographie est une activité essentiellement d’extérieur. Porter un appareil photo signifie que l’on est allé voir ailleurs comment sont les choses. La photographie me permet de conserver des traces de ce que j’ai vu de cet ailleurs.

L’une de mes premières images

Et pour finir, une explication du nom de ce blog : Cercle2Confusion. C’est un dérivé du terme “cercle de confusion”, une notion d’optique utilisée pour différencier les zones nettes des zones floues dans une image. Le cercle de confusion sert en particulier en photographie à calculer la profondeur de champ et à trouver l’hyperfocale. Si vous souhaitez en savoir plus : cercle de confusion sur Wikipedia.

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